Oh les beaux jours!
de Samuel Beckett

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mise en scène serge noyelle
avec marion coutris, noël vergès

« Très belle vision de Beckett à Marseille.
C'est surtout avec l'interprétation de Marion Coutris, en Winnie, que tout change.
Elle est, au contraire des actrices qui l'ont précédée, une femme lucide, énergique, vive et vivante. Du coup, on entend tout le texte, son déploiement de souvenirs et d'émotions, son vibrato tout entier. Cela devient un chant combatif, un extraordinaire moment de clarté alors qu'on était resté dans l'obscurité du cerveau. Merveilleux »
Gilles Costaz WT.

« Une vibrante Winnie au Théâtre Nono. Marion Coutris donne une belle intensité au personnage. Par le phrasé, par le rythme avec lequel elle façonne le monologue, (elle) garde à ce beau texte (difficile) tout son mystère et toutes ses ambiguïtés en lui apportant une grande fluidité. Elle libère les mots comme des papillons, souligne le désespoir sans trop l'appuyer. Elle est assez solaire pour ne pas emprisonner Winnie dans un seul registre. Et lui apporte une note un peu folle qui nous fascine (...).
Toutes les facettes de sa personnalité se retrouvent dans cette palette audacieuse.
Olga Bibiloni La Provence.

« Une insolente liberté et une épure picturale. Marion Coutris aborde le texte avec un souffle particulier, une respiration qui surprend au début mais qui prend très vite la mesure, le rythme si particulier de la partition Beckettienne. Happé par cette voix présente, inscrite dans l'âme et la non-théâtralité fictive de Beckett, entre silences, répétitions, poussées vocales brèves, presque suspensives... elle nous envoûte au bout de quelques minutes, modulant à la perfection les nuances, de la douceur à la gravité, de la folie à la sensualité, de l'excitation à l'extase. Dans ce spectacle à l'agonie où comme dans la vie, chaque jour on remonte sur scène, Marion Coutris et Serge Noyelle apportent une atonalité virtuose très personnelle portant le texte millimétré de Beckett de la minutie à l'épure, entre spectaculaire et intimisme »
Gil Chauveau La revue du spectacle.

« Avec la même liberté que Winnie attend sa disparition, la comédienne fluctue sa voix, éthérée, rauque, sensuelle, perchée, déclame le (faux) monologue lentement, étirant les mots et habitant les silences, donnant parfois un judicieux coup d'accélérateur ou modulant son tempo pour mieux pénétrer les interstices du texte. »
Marie Godfrin-Guidicelli Zibeline.

« Pièce totalement désespérée, sans doute, mais éclatante comme un haïku.
Serge Noyelle nous en offre une mise en scène d'une grande force plastique (...)
Et Marion Coutris, en Winnie, levant son ombrelle, attrapant son grand sac noir, raconte, digresse, s'interrompt, comme déjà loin, hèle son compagnon sans cesse, exprimant un amour d'autant plus pathétique, hélas, que l'oubli, l'anéantissement ont déjà tout rongé. Si la syntaxe et la grammaire pointent la bouleversante déstructuration de ce texte, la prosodie soulignera la cohérence musicale de cette interprétation. Assis dans des chaises longues, les spectateurs contemplent la scène, écoutent une prose déchirée, songent à cette parabole de l'existentielle absurdité. »
Pierre Corcos Verso.

« Le metteur en scène a dressé Oh les beaux jours comme une peinture minimaliste confrontant les éléments essentiels de la représentativité de soi. L'amour et la solitude. Les regrets et l'ignorance.
Marion Coutris interprète Winnie avec un profond dégagement et dans une prise identitaire à s'y méprendre. De son piédestal, elle se lance dans un long discours qui crée un rapport de proximité immédiat avec le public. (...) Un bouillonnement de déchirures et d'exaltations.
Marion Coutris enlève à l'éternité ce corps avalé par la terre. L'association du tragique à la poésie, une révérence à la référence qui sublime la prestation de la comédienne. »
Philippe Delhumeau La Théâtrothèque.

Où on assiste, incrédule, à la disparition progressive d'une femme qui, tout en étant avalée par la terre, parle sans tragédie de la vie telle qu'elle respire encore.
Et c'est avec une légèreté comique. Une grâce grotesque. Avec brio, et désespérément heureuse.
La Winnie de Oh les beaux jours est sans doute un double féminin de Beckett, son rêve de théâtre. Un corps entravé, contrarié, une parole libre. Ne racontant qu'elle-même, dévidant des pensées en miettes.
Drôle et tragique, Winnie, une marionnette au sommet d'une montagnette, femme-aux-objets au sens propre, qui s'évertue à ponctuer le temps d'une journée d'actes insignifiants et indispensables.
Les mots et les silences font une partition musicale qui envoûte. Comme une transe.

Joie d'être au monde, ce beau jour-là encore.

Contexte

En 1961, Samuel Beckett - dont les pièces En attendant Godot, Fin de partie, Acte sans paroles, La dernière bande ont créés à Paris, puis à Londres, New-York ou Berlin, une véritable révolution théâtrale – écrit Happy Days, qu'il traduit en français en 1963 sous le titre Oh les beaux jours.
La pièce est montée par Roger Blin avec Madeleine Renaud dans le rôle principal. Scandale et succès immédiats. Le rôle de Winnie sera le plus marquant de la carrière de l'actrice.
A cet instant, le théâtre ne propose plus de raconter une histoire, de rendre vraisemblables des personnages, il met en scène la condition humaine et suggère que l'homme est essentiellement constitué de mots et de phrases, de questions qui inventent son voyage intime au cœur d'une cosmogonie étrange, toujours étrange, où l'être est confronté à son monde intérieur et aux assauts du réel - essentiels objets, inutiles objets - dérision et innocence, joie d'être au monde et douleur de vivre, tout à fait mêlés, indissociables.
Alors ces mots, ces paroles disloquées mais frappant toujours au plus juste, car la langue de Beckett ne fait jamais nulle concession ni complaisance à la mièvrerie ou à l'emphase, ces paroles en miettes deviennent essentielles, fascinent, résonnent et dévorent l'espace et le temps, font une large toile où l'imaginaire du spectateur ricoche et se projette.
Il y a cinquante ans un poète irlandais écrivait cette pièce. Aujourd'hui elle n'a rien perdu de son universalité fragile.